
Donneur de leçons lorsqu’il était dans l’opposition, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, aujourd’hui au pouvoir ne finit plus d’en recevoir parce qu’il a tendance à s’emberlificoter dans ses projets mal ficelés!
Après ses maternelles 4 ans qui laissent de glace la moitié des parents du Québec, après ses récréations de 20 minutes qui, selon les enseignants, encombrent la journée des élèves, après des coûts de rénovation et de construction d’écoles qui ont été sous-estimés, le ministre essuie de sérieuses remontrances sur son projet de loi 12, afférent aux frais accessoires dans le réseau scolaire. La révision de la carte de la défavorisation, entrainant la coupure des collations pour certaines écoles en milieu socioéconomique fragile, ajoute à l’écheveau inextricable du ministre.
Passé maître dans l’art de la dérobade, le ministre fabrique les réponses et multiplie les faux-fuyants pour faire croire, comme le Candide de Voltaire, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Toutefois, son réveil risque d’être brutal avec l’aggravation des problèmes qu’il se refuse de voir. Hormis l’explosion des coûts qui risque d’attirer de nouvelles compressions budgétaires, le projet de loi 12 pourrait s’avérer un boulet fort lourd à porter pour Jean-François Roberge.
Sébastien Proulx doit se tordre de rire en observant la boîte de Pandore que son successeur s’apprête à ouvrir avec son projet de loi sur les frais accessoires. L’ex-ministre de l’Éducation avait fait montre d’une telle hésitation, qu’il n’a pas osé statuer sur la question avant les élections, préférant du coup remettre à plus tard une décision sur ces fameux frais facturés aux parents. Député de l’opposition, Jean-François Roberge faisait le paon en martelant qu’un gouvernement de la CAQ règlerait cela en un tour de main et que les écoles auraient le budget pour payer le matériel aux enfants.
Aujourd’hui, le ministre propose essentiellement le statu quo libéral à quelques exceptions près. Plus ahurissant, il n’a pas voulu remettre en question, dans son projet de loi, les frais exorbitants facturés aux parents d’élèves inscrits dans des projets particuliers et qui se révèlent un véritable frein à l’accessibilité à une même qualité d’éducation pour tous les enfants. Pire encore, ses juristes et la Commission des droits de la personne et de la jeunesse lui ont signifié que de tels frais sont illégaux. On imagine déjà les recours collectifs et tous les embêtements qui s’ensuivront, si le ministre n’apporte pas réponse adéquate aux enjeux soulevés par les juristes.
Une facture salée ou la fin de ces projets particuliers, telle est la question qui se dessine. Quelle que soit la réponse, elle ne pourra qu’ajouter aux difficultés du ministre et soulèvera également l’enjeu du financement des écoles privées. À défaut d’avoir fait preuve de volontarisme pour mettre un terme à la ségrégation scolaire, il pourrait se voir contraint par les tribunaux d’œuvrer à l’égalité des chances en éducation.
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