Denis Coderre: la vie après le mur - News Read Free Here

Denis Coderre: la vie après le mur

Share This

C’était en juillet dernier. À Denver, dans le stade des Rockies du Colorado. Denis Coderre assistait au match en compagnie de son fils. Le père et le fils profitaient de la quiétude de la soirée pour retrouver le temps perdu dans la vie politique. Les deux savouraient leurs retrouvailles. 

Sauf qu’en remontant les marches du Coors Field pour retourner à leurs sièges, Denis Coderre pompait l’huile. Et asseoir ses 300 livres sur la banquette devenait un exercice compliqué. Comme attacher sa ceinture de sécurité dans un vol Rouge d’Air Canada. 

«Je venais tout juste d’avoir 55 ans. J’étais mal dans ma peau. Ce soir-là, ç’a été le déclencheur. Je ne pouvais pas continuer comme j’étais parti», raconte Denis Coderre assis devant un plat de haricots verts pour son lunch. 

Depuis, «monsieur le maire» comme l’ont salué les convives du restaurant, a perdu plus de cent livres. Il va révéler son poids officiel lors de la pesée pour le gala du 30 mai alors qu’il va affronter Ali Nestor dans un combat de boxe pour des fins caritatives au M Telus. Marc Ramsay et peut-être Artur Beterbiev seront dans son coin. 

C’est une fascinante histoire que celle de cet homme qui s’était perdu, qui a frappé de plein fouet un terrible mur et qui s’est retrouvé (et ses enfants) dans une turbulente renaissance. 

Onze élections 

Personne ne sait exactement ce qui poussait ainsi Denis Coderre à la limite. Il n’a que 55 ans et pourtant, il compte 35 ans de vie politique et onze élections. C’est autant que les onze coupes Stanley de Henri Richard «Mais moi, je n’ai pas gagné les onze fois. Je frappe pour 500», dit-il en souriant. 

Juste essayer de suivre Denis Coderre était fatigant. Quand il était ministre des Sports au fédéral, il appelait du Mali, du Cameroun, de l’Australie, de Genève, en quête de votes pour l’Agence mondiale antidopage. C’était son plaisir de surprendre ses amis. Quand j’entendais la voix du ministre, je demandais aussitôt «T’es où?» Et plus c’était loin, plus c’était exotique, plus Denis souriait de son bon coup. 

C’est recommencé. L’autre jour, le téléphone venait de Sun City en Afrique du Sud. Il appelait de l’avion en route vers Bruxelles. À Sun City, il avait participé la grande conférence annuelle de la FIA, la Fédération internationale de l’automobile dont il est un membre important. Il siège au sein du «High level panel», une sorte de super comité VIP de la mobilité urbaine. Pour un ancien maire de Montréal, c’est un naturel. D’ailleurs, le président de la FIA, Jean Todt, l’avait remarqué alors que l’ex-maire de Montréal était président de Métropolis, une association des villes de plus d’un million d’habitants. 

Quelques jours plus tôt, il rencontrait le président du Congo à Kinshasa, capitale de la République du Congo, 20 millions d’habitants, pour parler de sécurité routière au nom de la FIA. 

Et l’avion qui se dirigeait vers Bruxelles, c’était pour un conseil d’ad­mi­nistration d’Eurostar, la gigantesque compagnie de trains qui dessert les pays d’Europe. Il y siège pour représenter les intérêts de la Caisse de dépôt, un important investisseur dans Eurostar. 

Cette semaine, il était dans les bureaux de Stingray, la compagnie fournisseuse de produits musicaux à la télévision d’Éric Boyko, un des partenaires dans l’aventure des Expos. 

Pourtant, jeudi en fin d’après-midi, il était au gymnase d’Ali Nestor pour une heure et demie d’entraînement de boxe. 

C’est donc vrai, la vie a suivi le mur. 

Le terrible mur 

Denis Coderre savait que sa vie n’avait plus de bon sens. Il était au bureau de l’Hôtel de Ville à 5 heures et quart du matin et il rentrait à la maison vers 11 heures...du soir. Sept jours sur sept. Rongé par une passion dévorante pour cette ville qu’il aime follement. Inconscient qu’il n’avait plus de temps d’aimer quelqu’un d’autre que sa ville. 

Pour se calmer, il mangeait. Quand il était épuisé, il mangeait. Quand il était stressé, il mangeait. 

Pendant ce temps, Montréal profitait d’une poussée d’énergie formidable. Le maire Coderre et son équipe ramenaient l’intégrité à la ville, ils lançaient en appuyant le privé pour 25 milliards de projets confirmés et en voie de réalisation dans la ville, ils instituaient des politiques pour les petits déjeuners des enfants, ils votaient une politique pour le sport en général et surtout pour le baseball. Et il ne veut pas s’en vanter, mais le maire Coderre a fortement contribué à sauver le Grand Prix du Canada. 

Tout en se plantant dans le projet de la Formule électrique. «J’assume. Je ne sais pas pourquoi j’ai si mal communiqué avec les gens. Au fait, je le sais. Quand t’es mal dans ta peau, t’agis de la sorte. L’histoire de la vente des tickets a pris toute la place alors que le projet était grandement porteur pour Montréal, ville privilégiée avec un accès extraordinaire à l’électricité. Ça finit qu’on a regardé seulement l’arbre d’en avant en ne voyant pas la belle forêt derrière. Mais la nouvelle administration a décidé de tout abandonner. C’est son choix», dit-il. 

Dans les bureaux du baseball majeur à New York, Denis Coderre a discuté du retour éventuel du baseball majeur à Montréal avec le commissaire Rob Manfred.

Photo courtoisie

Dans les bureaux du baseball majeur à New York, Denis Coderre a discuté du retour éventuel du baseball majeur à Montréal avec le commissaire Rob Manfred.

Chez les Dodgers 

Denis Coderre est un amoureux inconditionnel du baseball. Pendant son mandat et pour appuyer les démarches et les efforts de Steven Bronfman et de son groupe, il s’est rendu visiter au moins une dizaine de propriétaires d’équipe, de Los Angeles à Boston. Pour leur dire que les investisseurs étaient appuyés par les dirigeants politiques de Montréal. 

Sur le terrain du Dodgers Stadium juste le temps d’une photo, Denis Coderre a échangé sa casquette des Expos avec Tim Wallach pour celle des Dodgers.

Photo courtoisie

Sur le terrain du Dodgers Stadium juste le temps d’une photo, Denis Coderre a échangé sa casquette des Expos avec Tim Wallach pour celle des Dodgers.

À Los Angeles, il se promenait dans les bureaux luxueux des Dodgers avec sa casquette des Expos sur la tête quand il a entendu une série de jurons truculents en français. C’était Tommy Lasorda qui en voulait encore à Montréal de ne pas lui avoir offert le poste de Gene Mauch lors de la naissance des Expos. 

Plus loin, il s’est fait apostropher. Mais gentiment. C’était le vénérable Manny Mota, le premier joueur repêché par les Expos en 1968. 

Plus tard, Coderre, avec sa foutue casquette des Expos, est descendu sur le terrain et s’est rendu près du troisième but. Il voulait une photo près du sac du troisième avec un coach des Dodgers. Et il voulait que le coach porte la casquette des Expos, « À une condition, vous allez mettre une casquette des Dodgers », lui a répondu l’homme avec un petit sourire en coin. 

C’était Eli. Tim Wallach, le légendaire troisième-but des Expos. 

On ne parle pas des Red Sox, des Blue Jays, de Pedro Martinez, des Giants de San Francisco et des autres plaisantes histoires de baseball qu’il raconte sans se lasser. 

Je n’ai quand même pas 3000 mots... 

Winston Churchill 

Une semaine avant les élections, Denis Coderre savait que les choses étaient en train de déraper. Mais en politicien aguerri, il a tenté de ramer très fort contre le courant de changement. Il ne le savait pas encore, mais il avait déjà frappé le mur. Le fameux mur. Celui de l’épuisement, celui de la fuite en avant, celui du magma intérieur... 

Mais courant fort de changement ou pas, la défaite a fait atrocement mal. Il se sentait démoli. Blessé. En peine d’amour parce que cette ville chuchotera-t-il à la fin de l’entrevue, il l’aime toujours passionnément. 

«Je suis parti deux semaines en Floride. La première semaine avec mon chef de cabinet, la deuxième semaine, complètement seul. Je commençais à entrevoir ce que je voulais. M’occuper de mon gars, m’occuper de moi et être heureux», dit-il avec humilité. Sans trop élaborer parce que son grand gars s’est repris en main et que la recherche du bonheur implique des gens qui ont droit à leur vie privée. 

En revenant à Montréal, Denis Coderre est tombé sur une phrase superbe de Sir Winston Churchill. Il faut savoir que Coderre est un fan absolu du grand Churchill. Il connaît tout de sa vie, il a vu tous les films et les séries tournés racontant l’immense homme qu’il a été. D’ailleurs, encore là, on a jasé un gros quart d’heure sur les décisions de Churchill pendant la guerre, sur sa défaite et son retour comme premier ministre. 

«Quand j’ai vu cette phrase, je l’ai prise comme un message. Sir Churchill a écrit : La victoire n’est pas finale, la défaite n’est pas fatale. Ce qui compte, c’est le courage de continuer.» 

On the road again

Donc Denis Coderre continue. Il est ambassadeur pour la fondation de l’Hôpital Général juif de Montréal et a mené une collecte de fonds de plus d’un million de dollars l’an dernier. Il y a Stingray où son travail de conseiller spécial d’Éric Boyko l’emballe, Eurostar, la FIA et les missions à l’international, le dossier des Expos qui le passionne. Le retour des Expos, ce n’est pas «si», c’est «quand» la question. 

Non, il ne sera pas candidat aux prochaines élections fédérales. Pas certain que Justin le titille bien fort. Les élections municipales? Mme Plante pourrait se rendre jusqu’en 2022 en étirant l’élastique. On verra en temps et lieu. 

Et il y a le baseball, son autre passion viscérale. Si on lui offrait la présidence des Expos? 

«Comment tu veux répondre à cette question? Si je dis oui, j’ai l’air de téter la job, si je dis non, j’ai l’air désintéressé ...», dit-il. 

Dans le fond, c’est comme la mairie. Va falloir que ce soit la volonté du peuple ou des actionnaires qui se fasse sentir. 

Mais chose certaine, Denis Coderre ne veut pas aller frapper le mur une autre fois. Et ça n’a rien à voir avec victoire ou défaite. 

Ça à voir avec la vie. Juste la vie.


Read More

No comments:

Post a Comment

Pages